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dimanche 3 octobre 2010

Les pirates de l'ère




Sur l'océan du web surfent de bien vils bandits : les pirates.

Alors avant l'invention des réseaux de partage peer to peer, les pirates informatiques étaient des gens très forts en informatique qui pouvaient pénétrer le système d'une banque ou d'une base de lancement de missile. Aujourd'hui le pirate c'est le trentenaire qui télécharge Toy Story 3 pour ses gosses.

A l'heure où le piratage et l'adoption de la loi hadopi 2 font couler beaucoup d'encre, on ne s'appesantira pas sur la morale de l'acte ou sur le bien fondé d'une répression. Ce qui nous intéressera ici, c'est plutôt de constater qu'aucune réflexion sociologique ne vient jamais enrichir le débat, qui se résume quasiment toujours à une question de droits d'auteurs et de droit pénal.

Or ce phénomène touche des millions de gens de toutes les couches de la société. Et grosso modo, tout le monde se moque d'entamer une réflexion dessus, résumant le pirate à une personne qui veut avoir un truc gratuit.

Or si c'était aussi simple, si les gens n'avaient plus de moralité aucune, les vols de DVD et CD exploseraient. Mais non, rien de tout cela. Pour autant il y a bien vol. Pourquoi n'appelle-t-on pas les pirates des voleurs alors ? Par simple extension du terme jadis réservé au professionnels malveillants de l'informatique ? Non car ces derniers ont été rebaptisés "hacker" ou cybercriminels" par notre société toujours friande de novlangue. Alors pourquoi n'a-t-on pas appelé le pirate, un "cybervoleur" ou un "illegal downloader" ? Pourquoi ce terme si désuet ?

Et bien car c'est celui qui en est la parfaite définition.

Étymologiquement, le terme pirate vient du grec peiratas, venant lui même du verbe peirao siginifiant "tenter sa chance dans l'aventure" et du latin pirata, "celui qui tente le fortune, qui entreprend".

Mais quel est donc le rapport avec notre downloader de films de Bruce Willis et d'albums de Florent Pagny ?

Et bien le pirate du dimanche soir cherche bien souvent dans cet acte une satisfaction aventurière dans sa vie de confort moderne. Tout comme celui qui va lorgner sur un site pornographique cherche une brève mais réelle excitation sexuelle et un goût de la transgression, le pirate cherche un bref instant d'adrénaline dans la quête de l'objet de son plaisir qu'il réussira ou non à trouver et ce, en plus ou moins bonne qualité. Il se lancera sur la mer du web pour aller y faire fortune.

Et le pirate transgresse, il le sait et en tire une satisfaction, soit celle de l'adrénaline, soit celle de l'acte contestataire.

Oui mais tout voleur, même celui qui prend un stylo au guichet de la poste, vit un instant de transgression, alors pourquoi le terme de "pirate" et pas celui de "voleur" ?

Car le pirate ne se considère pas comme un voleur. Il ne détrousse personne. Il ne fait pas de mal. Il sait que c'est interdit mais ne trouve pas l'interdit légitime et c'est là que cela devient très, très intéressant.

Les pirates (à ne pas confondre avec les corsaires qui agissent sur ordre royal pour aller saborder des navires de pays ennemis) sont des bandits sillonnant les océans en groupe et s'en prenant aux navires marchands.Ils avaient un code de comportement très strict, notamment sur le partage du butin qui se devait d'être équitable entre les membres d'équipage, le capitaine ayant une plus grosse part mais jamais supérieure à 25% de plus qu'une part de l'équipage. Ils respectaient les vies des abordés autant que faire se peut et n'étaient là que pour piller le butin des riches compagnies de commerce maritimes.


Nous y voilà, le pirate domestique a aujourd'hui l'impression de ne s'en prendre qu'à de grosses compagnies qui s'engraissent sur son dos. Le paysage culturel étant devenu une histoire de marketing et de produits insipides calibrés uniquement pour être vendu à une masse, on en oublie l'artiste, considéré comme complice de ce pathétique et bruyant carnaval de la consommation, tant on le voit gesticuler dans des talks shows pour nous vendre sa dernière galette. Le pirate en a assez de ce spectacle de richesses exubérantes et de carré V.I.P., et ne trouve pas grave de ne pas donner son argent à ceux à qui tout semble réussir.

Bien souvent le pirate est quelqu'un qui respecte les codes et valeurs de la société, travaille et paye ses impôts, des crédits et les produits qu'il consomme. Bien inséré dans notre société de perpétuelle innovation ,il s'équipe en produits technologiques toujours plus performants et trouve donc finalement normal d'utiliser son accès internet ultra haut débit (qui soyons clairs n'a aucune utilité pour écrire des mails ou surfer de façon basique) pour télécharger des fichiers qu'il pourra ensuite lire sur une batterie d'appareils qu'on lui vend exprès pour (smartphone, disques durs multimédias qui se branchent sur la télé, TV écran plat avec prise HDMI directement reliées à l'ordinateur).

C'est là tout le paradoxe de l'hyperconsommation et de la libre concurrence. Pour prospérer l'industrie du net a tué celle du disque car répétons le, sans le téléchargement l'usage d'internet serait moindre et le ultra haut débit serait ultra inutile.

Donc pour le pirate, il y a une atténuation de la transgression du fait qu'il continue à donner son argent à la société de consommation, seulement il ne la donne plus à des disquaires mais à des fournisseurs d'accès internet et à des magasins de produits technologiques. C'est une évolution des choses, tout comme les pièces radiophoniques, diffusées gratuitement, ont nui au théâtre et tout comme la télévision a nui au cinéma en proposant des films gratuits.

A qui va l'argent ? Ce n'est pas l'affaire du pirate consommateur, il paye son fournisseur d'accès internet donc s'estime en règle. Il a juste changé ses habitudes de consommation mais ne commet pas dans son esprit un vol au sens premier qui donc ne lui ferait plus dépenser d'argent, il a tout simplement trouvé un moyen plus avantageux de satisfaire son immense appétit de produits culturels. Car il est de plus en plus ardu de pouvoir garantir la satisfaction de la boulimie créé par le marketing constant et la déferlante de produits auquel le consommateur est soumis. Car l'effet insidieux du marketing est de constamment créer de nouveaux besoins, de nouvelles frustrations qu'il devient vital de satisfaire. Le pirate peut donc se concevoir comme un drogué pillant la cave d'un dealer ayant créé son besoin pour s'enrichir dessus. La conception immorale de la chose n'est alors pas automatique et est source de débat.

D'ailleurs le pirate ne pirate rien a proprement parlé, il ne va pas forcer des sites de vente de vidéos en lignes, il met simplement en commun ses ressources.

C'est là que le bas blesse pour la société dans laquelle nous vivons ou la gratuité est un crime. Tout doit être payé et le pauvre est coupable de l'être. Or les pirates, ne sont en fait que des gens mettant leurs films à disposition des autres et allant également copier un film de la collection du voisin. Le pauvre peut avoir autant que le riche.

De vraies communautés d'esthètes s'organisent, il y a des millions de blogs ou de sites permettant de télécharger des films de genre, de la musique introuvable ou chacun pourra trouver la pépite qui manque à sa collection. Il y a deux règles d'or sur la majorité des sites, qui ne prévalent pourtant plus dans nos sociétés, c'est de remercier celui qui a mis un fichier en ligne et de soi même en mettre à disposition ou de permettre l'utilisation de sa bande passante pour le téléchargement par un tiers du fichier (principe du torrent), si l'on ne respecte pas ses principes, on ne peut pas accéder aux liens de téléchargement ou on risque un bannissement du site. Le pirate est donc courtois et fonctionne sur une logique de redonner autant qu'il a eu, c'est toute la logique de la consommation de masse qui est ébranlée.


Voilà pourquoi il n'y a pas de notion de vol pour le pirate, hormis celle du marchand, considéré comme un infâme bourgeois s'engraissant sur le dos des honnêtes gens en méprisant le public, tant on nous vend des films comme de la lessive.

D'ailleurs il est usuel dans le mode de consommation du pirate d'acheter les disques des petits artistes indépendants ou d'aller voir leurs concerts, leurs films encourageant ainsi leur création.

N'oublions pas aussi que la société postmoderne a créé l'immatérialité des gens, du travail, de l'argent, notamment grâce à l'informatique et du net. Cela permet aux multinationales d'adopter les politiques que l'on connait où l'humain n'a plus de poids mais cela a aussi permis la dématérialisation des supports de produits culturels (sauf du livre dont la version numérique ne connait pas de réel envol). Or il est très difficile de concevoir que l'on vole ce qui n'existe pas.

La société a également créé une sur-accélération du temps. Il faut manger vite, travailler vite, s'informer vite, et consommer vite. Tout est jetable, à peine existant que déjà remplacé par la nouveauté. Le produit culturel n'échappe pas à cette règle et pour nous en vendre plus, la société nous a appris à désacraliser l'œuvre à la consommer ou la jeter et passer à une autre, ce que le pirate a parfaitement compris et applique au quotidien.

Le piratage est à la fois un monstre de Frankenstein créé par une société qui veut vendre sur tous les fronts sans penser au télescopage fatal que cela produira, et à la fois une révolte active mais non violente face à la pressurisation mercantile dont nous faisons tous l'objet.

Il y a là en tous les cas des symptômes d'essoufflement d'un modèle de société , et si on y regarde d'un peu plus près, on s'aperçoit que cette gratuité acquise remet en cause tout un système qu'il faudra de toute façon rénover. Comment ? Ce n'est malheureusement pas l'axe de recherche posé par la politique de répression qui s'annonce et qui une fois encore jouera la politique du bras de fer plutôt que celle du dialogue ou chacun pourrait avec un peu de bon sens aboutir à un compromis satisfaisant pour tous comme de taxer les FAI afin de reverser des droits à la Sacem ou autre solutions du même type.

L'état prend donc ici le risque de plonger une majorité dans l'illégalité, ce qui symboliquement rend l'exercice d'un pouvoir démocratique très complexe car sa légitimité est justement basé sur l'accord avec la majorité. L'avenir nous dira quels seront les conséquences de telles mesures qui ont aussi pour but, rappelons le de contrôler les accès internet domestiques mais ça c'est une autre histoire dont nous parlerons prochainement.

mercredi 15 septembre 2010

A quoi tu marches ?




Punk, tu marches, tu traces ta route. Toujours tu vas, tu restes et tu repars. Mais t'arrive-t-il de te demander pourquoi tu marches ? Bien sûr que tu le sais, tu vas à ton rendez vous, faire les courses, bosser, voir des amis etc. Marcher c'est anodin, et pourtant est ce que cela ne mérite pas qu'on s'y arrête un instant ?

Kenji Tokitsu, grand maître de karaté, raconte par exemple avoir commencé les arts martiaux car un matin en se rendant à l'école, il chercha à se sentir réel alors qu'il marchait. Il voulait ressentir une preuve concrète de son existence au travers de ses pas. Il n'arrivait pas à se trouver "existant" de façon tangible ce qui fit naître un sentiment de malaise qu'il combattit en entrant dans un dojo afin de pratiquer l'unité du corps et de l'esprit.

La réalité de la marche c'est quoi ? Mécaniquement, c'est l'action de basculer son corps dans le vide est de se rattraper avec la jambe. Marcher c'est se jeter dans le vide et ensuite se stabiliser. C'est donc ce que la nature nous enseigne pour avancer dans la vie.

Or que préconise finalement la coercition de nos sociétés de confort ? Exactement l'inverse. "Si tu veux bien avancer dans la vie, n'avance qu'en terrain conquis et saute dans le vide quand finalement le vide sera un terrain balisé" Approche Impossible ou carcérale, et surtout mue par la peur. Car bien entendu c'est la peur de l'inconnu qui paralyse, tétanise le mouvement. Cela d'ailleurs se retrouve dans la marche la plus quotidienne, lorsque l'on sait où on l'on va, on a tendance à accélérer le pas, voire à s'énerver de la lenteur des autres. Quand on ne sait pas, qu'on a une hésitation, on s'arrête forcément. La peur de l'inconnu, de s'égarer et de ne jamais en revenir. Tout cela à un sens symbolique bien entendu mais pas que.

Selon Freud, un vieux monsieur qui est sûr que tu rêves de tripoter ta mère, la peur de l'inconnu c'est tout simplement la peur de la mort. Ce raisonnement, qui peut paraître se complaire dans la tragédie grecque, est en fait très logique. La mort est la seule chose dont nous n'avons aucune représentation et qui pourtant nous attend tous et de plus surgira sans prévenir. Chaque jour nous vivons avec cette donnée inconnue qui peut intervenir de façon définitive dans tous nos petits plans. Y a de quoi baliser un peu quand même. Mais comme on va pas se trimballer toute la journée en se disant : "je vais mourir, je vais mourir" (sauf les gothiques) on transfère sur la peur de l'inconnu. La mort c'est l'inconnu donc l'inconnu c'est la mort et tout ce qui est analysé, balisé, connu est donc par opposition la vie. Mais où nous mène cette peur ?

Il est à noter que bien souvent lorsqu'on veut à tout prix fuir quelque chose, on y arrive par son contraire.

Qu'est ce à dire ?

C'est à dire que là, si on s'arrête de marcher par peur de l'inconnu (je ne sais où je vais, je me fige), on s'arrête donc par extension par peur de la mort, la grande inconnue, or s'arrêter, se figer, c'est l'expression même de la mort. On arrive donc à un état de mort symbolique provoqué par une peur symbolique de la mort.

Il est donc important de marcher, toujours, pour rester en vie. L'immobilité, le temps suspendu n'existe pas. Le monde est en mouvement et celui qui n'avance pas recule. Avancer à tout prix, mais en soi, pour soi car il y a là un humanisme et non un égoïsme. En effet, lui qui se libère permet à ceux qui souhaiteraient être libres de voir que cela est possible et d'y puiser des ressources pour alimenter leur propre quête. Celui qui en revanche s'enferme, enfermera les autres automatiquement, par son discours ou son exemple.

Oui mais alors devons nous avancer à l'aveuglette quitte à nous écarter de notre chemin, prendre des murs ou tomber dans des pièges ?

Une conception logique des choses voudrait que l'erreur, qui est le fondement même de l'expérience, soit considérée comme utile car fondatrice de la définition de soi. le fameux "l'erreur est humaine" peut avoir un sens plus profond que la banale excuse à la faute. On peut aussi interpréter ce proverbe comme l'affirmation que l'erreur est constitutif de l'humain, que la reconnaître nous permet de mieux nous atteindre. Pourtant notre société nous intime la peur du risque de se fourvoyer, elle nous le fait même ressentir comme un danger mortel.

Car accepter l'erreur, c'est tenter l'aventure, s'écarter du chemin tracé or le groupe n'aime pas les entités individuelles. Seul l'individu peut aimer l'individu, le groupe n'aimera le bien être individuel que si il peut être partagé par le collectif. Donc s'écarter d'un chemin prédéterminé est toujours mal vu, sauf, grande illusion du marketing, si c'est pour en faire emprunter un autre tout aussi prédéterminé mais qu'on déguisera en chemin de traverse, vendant ainsi de l'aventure ou de la rébellion de quatre sous à des individus ainsi persuadés d'être anti-conformistes en consommant.

Pour éviter les envolées personnelles, le groupe met en place des écrans de fumées, des légendes qui font peur, sur le destin tragique des imprudents qui s'écarteraient du chemin qu'on leur trace. C'est l'invention du tabou, qui, bien avant d'être un "sujet de conversation dérangeant", est un système reposant sur le religieux, donc la croyance. Le tabou est l'expression négative de la croyance, elle passe principalement par une prohibition : le chef des croyants désigne une pratique, un acte, voire une personne comme tabou, donc non seulement impure mais également dangereuse et contagieuse. Le tabou est toujours couplé à la notion de punition, de châtiment divin, si on le transgresse la fatalité s'abattra irrémédiablement et viendra d'une puissance occulte supérieure. Et celui qui rentre en contact avec le tabou, même par erreur, sera lui aussi châtié car considéré comme contaminé. Mais qui dit ça ? Qui nous le prouve ? De simples humains s'étant investis du don de parler aux Dieux, d'en prévoir les châtiments et qui généralement ont un intérêt à les prédire.

Tout ceci n'est qu'une logique de la terreur, qui est rappelons le "une peur collective que l'on fait régner dans le but de briser une population". Tous ces tabous concernant la mobilité, l'élan vital, la spontanéité du désir de vie ne reposent sur rien d'autre qu'une volonté de maitrise de l'individu afin de l'insérer dans un groupe. Mais qui veut ça ? Le groupe ? Non, ses dirigeants qui en revanche s'appuient sur la masse conquise pour faire pression sur les réfractaires et donne ainsi l'illusion que tous partagent leurs vues.

Oui mais marcher dans tout ça ?

Et bien marcher est très révélateur du conditionnement qu'on nous inflige. Partout il faut , marcher sur le trottoir, éviter le bord du quai, et surtout suivre les flèches, les panneaux, attendre aux feux. Toute cette infrastructure a bien entendu été conçue dans un but de bien vivre ensemble, en toute sécurité. Il serait idiot et dangereux de prôner de marcher sur la route,sur la voie ferrée ou de traverser aux feux verts. Pourtant, si on s'écarte de l'esprit pratique nécessaire pour aborder le symbolisme, on peut vite se rendre compte que notre corps est instinctivement habitué à suivre des ordres sensés garantir sa sécurité et son intégration.

Or ce sont généralement les mêmes ressorts qu'on nous invoque pour nous faire rester dans une case qui nous convient mal. A l'heure où la consommation s'axe de plus en plus sur la personnalisation des produits et services, la société est en revanche extrêmement réticente à l'idée de l'envolée personnelle, presque toujours dépeinte comme une multitude de sources de dangers anxiogènes et fatals qui s'abattront sur le voyageur imprudent qui ose le hors piste.


Avant on interdisait des territoires réels avec des peurs symboliques, "ne va pas dans la forêt la nuit il y a des esprits", "il y a un monstre dans la montagne". Aujourd'hui le territoire est symbolique, celui de l'espace de vie personnel mais les peurs agitées devant notre nez reposent dorénavant sur un réel mais distordu par une paranoïa catastrophiste."Si tu quittes ton job aliénant et que tu ne retrouves pas de boulot, tu vas être au chômage, puis en dépression et des troubles graves en découleront voire peut être le suicide ou en tout cas une mort sociale assurée".

Si cette vision est castratrice et basée sur du fantasme, la montagne n'en reste pas moins dangereuse aux imprudents. Or qu'est ce qu'un imprudent ? Un imprudent est quelqu'un qui va trop vite en besogne, quelqu'un qui marche trop vite sans regarder où il va. Celui qui avance lentement, en s'écoutant et en écoutant son environnement peut même trouver son chemin dans l'obscurité la plus complète.

Or la société nous dresse à continuellement aller vite tout le temps pour tout, nous offrant finalement de nous rendre à la mort en faisant semblant de proposer de la fuir. Comment ? par le paradoxe de la glorification de la vitesse.

Pour la société occidentale moderne, aller vite c'est être puissant, vivant. Les voitures vont vite, la mode va vite, les ordinateurs vont vite, la technologie va vite, l'information va vite, l'économie va vite,et tout cela est sensé être synonyme de vie, de puissance, de maitrise. Or si on réfléchit deux secondes c'est tout l'inverse. La vitesse c'est l'incontrôlable, l'irraisonné, la mort.

Lorsqu'une voiture va vite, les risques d'accidents sont plus nombreux, et leur gravité également. Lorsqu'on a accès très vite à une information ,on la survole, on la dévore, et bien souvent on en oublie l'essentiel. Lorsqu'on prend une décision de façon soudaine et rapide, il y a de fortes chances qu'elle soit irréfléchie et donc amène son lot de complications. Lorsqu'on est constamment soumis à la pression de la vitesse, on ne se dirige plus qu'en fonction des obstacles à éviter sans même se demander où on va, rendant ainsi toute notion d'aventure personnelle impossible.

Il faut donc désapprendre la vitesse pour revivre l'aventure.

Et pourtant, les rythmes de vies et de travail ne cessent de s'accélérer car les entreprises ont de la marchandise à revendre et du profit à faire. Les modes ne cessent de se renouveler et la technologie devient obsolète à peine sortie. Les flux d'informations s'emballent, nous sommes passés du courrier au téléphone, au téléphone mobile, aux SMS, à la boite mail, au facebook, au twitter, au smartphone ... il faut être disponible "à l'instant T", "tout de suite","ASAP", réagir et renvoyer l'info.

Seulement voilà, que sommes nous dans tout ça ?

Des supers analyseurs winners hypra performants ? non malheureusement.

La plupart du temps, l'information et son mode de consommation nous est imposé par un tiers, comme une balle qu'on nous lancerait et qu'on nous dirait de renvoyer de telle ou telle façon. Nous ne sommes absolument pas maîtres de notre rapport à cette vague perpétuelle de modes de réactions sociaux ou professionnels décidés par des "leaders d'opinion" dont il faut suivre "la tendance" sous peine d'être banni du groupe.

Nous voilà donc transformés en superbes chiens de concours, dressés et dressables à merci, afin d'effectuer de plus en plus de tours pour récolter quelques applaudissements de maîtres satisfaits ou d'un public souriant. C'est le syndrome de l'athlète qui court perpétuellement, sacrifiant son corps et sa vie pour battre des records à l'infini sans que cela n'ai finalement aucun sens. Si nous fumes des lions nous prélassant dans la savane, aujourd'hui la société d'hyperconsommation nous contraint à bondir mais dans des cerceaux.

Et marcher dans tout ça ?

Marcher est un des rares actes où l'on est à soi. Il est donc intéressant de se demander comment on le conçoit, comment on le pratique. C'est aussi un acte que lequel on peut agir immédiatement, sans que cela ne doive remettre en cause toute une chaîne de paramètres de son quotidien.

Se demander comment on marche ouvre de multiples fenêtres de réflexions : suis je ancré dans le sol ou suis je en survol permanent ? fais je attention à ce qui m'entoure ou est ce que je fonce à l'aveuglette ? et si je fonce, pourquoi ? parce que je suis en retard ? parce que je suis pressé ? parce que les autres marchent vite ? Parce que finalement je m'autodresse à être dans une phase de rendement, d'efficacité même lors de l'activité la plus anodine ?

Viendra alors un test intéressant, sorte de petite expérience sensorielle, intellectuelle et émotionnelle : ralentir. Ralentir son pas sans raison autre que de voir ce que ça fait. Si on ralentit le pas, bon nombre de choses se mettent à apparaître : les autres en premier lieu, qu'on a le temps de croiser comme des semblables au lieu de les considérer comme de perpétuels obstacles hostiles qui nous empêchent d'avancer ou menacent de nous heurter de plein fouet, on peut ensuite prendre conscience de son corps qui redevient une entité vivante et non plus juste une locomotive qui nous trimballe d'un point à un autre, on redécouvre le sol et sa présence concrète qui nous rappelle à des valeurs simples de notre animalité, et surtout on se demande pourquoi on se pressait, et de cette question découle pas mal de choses. On peut également se rendre compte sur le terrain si oui ou non, il est utile de se presser et si oui ou non le ciel va nous tomber sur la tête parce qu'on ralentit la cadence.

Choisir de ralentir à un instant donné, c'est surtout décider de choisir son rythme. N'oublions pas qu'une des principales démonstrations du totalitarisme se résume par le spectacle d'êtres humains en uniformes marchant au pas, n'allant nulle part mais y allant sous une forme ordonnée et contrainte, comme si c'était là l'expression de la civilisation.


dimanche 5 septembre 2010

Le courrier des lecteurs




Punk, si tu lisais That's SUCKSS tu sais grosso modo où tu mets les pieds. Si ce n'était pas le cas, je présenterai brièvement cet espace d'expression virtuelle en te disant qu'on est quand même dans une époque sacrément scandaleuse à bien des points de vue et que ça vaut le coup d'en dire une ou deux choses.

Nous sommes arrivés à une sorte d'apogée de l'obscurantisme, grandement hissé sur son trône par l'emploi d'une novlangue toujours plus creuse et plus pompeuse. En effet, tout est possible avec les mots. En voici une petite démonstration rigolote.

Avant imagine qu'un site sérieux qui se veuille informatif avec pignons sur rue et tout et tout, imaginons Yahoo par exemple, te propose des articles répondant à des questions existentielles et scientifiques comme "pourquoi baille-t-on ?" ou "L'huile d'olive facilite-t-elle le transit ?" et te disent ensuite que "la réponse va vous être donné par n'importe qui et faudra la prendre comme argent comptant". Lirais tu l'article ? Mieux encore, croirais tu qu'on oserait te faire pareil affront ?

Naaaaaaaaaaan

Et pourtant si. Par un habile truchement de langage, "n'importe qui sans qualification aucune autre que celle de passer par là en glandant devant son ordi" devient "un internaute". On te colle la question à la con suivie de "un internaute vous répond" ABRACADABRAAAAAAAAA ! Magie du langage mystificateur. Internaute ça fait technique. Ouah le mec est un internaute alors il doit s'y connaître en tout !

Et pourtant, Yahoo le fait et ne s'arrête pas là puisque ce merveilleux site te permet de poser des questions existentielles comme "pourquoi saigne-ton parfois des gencives en croquant une pomme ?" et que n'importe qui y réponde de façon aléatoire La réponse choisie ne sera pas celle qu'on aura vérifiée mais celle qui aura remporté le plus de suffrages !!! Une sorte de mélange monstrueux entre savoir et démocratie, celui qui a raison c'est celui qui a réussi à convaincre le plus de monde. Imagine le truc quand même !!! Le bon vieux retour au moyen âge : la science, les preuves, les vérifications, tout ça c'est de la merde !

Comment cela est il possible ? Par un lent mais implacable glissement vers la société du "tout est permis si c'est bien emballé". Alors ce blog, j'essaye de te l'emballer proprement afin que tous ensembles, on récupère nos cerveaux et qu'on se marre un brin. Musique !